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Concours annuel de poésie francophone DIANA
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Année 2008
thème: Couleur(s)

Premier prix: François Forns (France)

"Rêve et réalité"


La toile s'offre à lui dans sa virginité
Comblée de recevoir les prometteuses esquisses
Conçues dans le concret ou la somptuosité,
Les harmonieux contours en seront les prémisses.

Son pinceau à la main, magicien créateur,
Conjuguant coloris, irradiant sa palette
Il se révèlera tel un compositeur
Nous offrant subjugués une tendre odelette.

Les couleurs jailliront en folle fantasia
Transformant l'anodin en décorum sublime
Sans la morosité d'une teinte sépia,
En donnant au regard un tableau bellissime.

Ce songe coloré envahissant ma nuit
Offre à mon subconscient un monde imaginaire
Me dévoilant un film sans paroles et sans bruit
Dont le déroulement est parcours éphémère.

Je suis au quotidien, fantasme diparu,
Du ciel je vais trouver les fragiles nuances,
La grisaille des jours, un air de déjà vu,
Triste panorama sans nulle consistance.

Pourtant devant mes yeux, dans un décor fringant,
M'apparaissent soudain les charmes de ma ville,
Son abord suranné mais contour scintillant
Apporte une clarté qui enchante et rutile.

Le rêve est terminé, je porte mon regard
Sur la réalité qui vit et m'environne
Avec un firmament de bure et de brocard
Qui sont couleurs du temps et splendide couronne.

Deuxième prix: Christian Bassard (France)

"Couleur"


Sur un ton généreux, la couleur prédispose,
ou d'aspect ténébreux, nous gêne et indispose.
Les journées lumineuses, ont un don qui impose,
l'aporie ennuyeuse, en la nuit qui repose.

De ces lueurs premières, où naissent coloris,
le soleil en lumières, inonde toutes vies.
S'arrachant à la nuit, l'instant est irréel,
l'aube nous éblouit, en panaches de miel.

Sur la toile du maître, aux teintures assurées,
camaïeux vient de naître, en contrastes azurés.
Les tableaux s'estampillent, écheveaux concentrés,
que pinceaux éparpillent, avec tonalités.

La journée s'organise, et la vie se colore,
c'est le ton de la mise, en enjeu de folklore.
Équilibre parfait, l'artifice vital,
offre aux yeux stupéfaits, nuances matinales.

Si chaleur estivale, et teintes polychromes,
au zénith et aval, mille feux en synchrones.
La blancheur hivernale, offre un tout monochrome,
même aux heures moins pâles, en clair-obscure achrome.

Et des ombres rasantes, étirées se terminent,
dorures chatoyantes, au ponant se déclinent.
En guise de bémol, l'opaque obscurité,
teintes prises au formol, donnent un ciel d'empyrée.

De ces heures en artiste, astre luminescent,
joue octaves empiristes, en tons evanescents.
Jusqu'à l'homme en pigments, ce nu-mains bigarré,
les couleurs sont fragments, créant diversité.

Troisième prix: Chantal Granier (France)

"Couleurs"


Couleurs de la vie, couleurs de l'espoir
De la rose fragile tombée au fond d'un trou noir
Quand son homme est parti avec une fille d'un soir.
Couleurs de la nuit, couleurs du brouillard
De sa peine plantée comme un grand poignard
Quand il a ri de ses larmes acides de désespoir.
Couleurs teintées de gris, couleurs cerclées de noir
D'attentes déçues, de routes qu'on ne peut plus croire
Quand elle guette encore son pas, prie si fort pour le voir.
Couleurs rouge sombre, couleur des déboires
De la vie que fout le camp d'un coup de lame de rasoir
Quand on n'en peut plus de donner et de ne rien recevoir.
Couleurs chamarrées, couleurs illusoires
De l'infirmière pressée, des cachets à boire
Quand on avait tout lâché et fait ses aux revoirs.
Couleurs timides, couleurs accessoires
D'un soleil à croquer sur le bord du trottoir
Quand la rose défroissée croise un si gentil regard.
Couleurs délavées, couleurs de mémoire
D'un amour arc-en-ciel qui a brisé sa trajectoire
Quand ne restent que ces photos au fond d'un tiroir.

Quatrième prix: Hans Delrue (Belgique)

"Vagues de couleur"


Tes paupières tremblent et ressemblent aux vagues
Qui découvrent un peu tes yeux jade mouillés
C'est un regard trouble qui s'efface et divague
Comme un corail sombre que la mer peut cacher

Tes baisers s'envolent de tes lèvres vermeilles
Comme une fleur pourpre déposée sur les flots
Par quelque oiseau perdu dans le jour qui s'éveille
Où le vent finirait par l'arracher de l'eau

Ta gorge blanche s'offre en estran de vanille
Sous l'écume tendre de ton corsage ouvert
Au retour si calme de tes mains qui maquillent
Leurs venues tranquilles en houle de la mer

Ton cœur est un trésor oublié par les hommes
Perle rare attendant logée dans son écrin
L'adolescent pêcheur que tendrement nous sommes
Et qui viendrait sous l'eau lui offrir un destin

Les vagues de tes mains font des foulards que tressent
De douce sirènes dans des océans bleus
Un jour je me noierai dans leurs folles caresses
Comme un marin se perd sous des chants mystérieux

Cinquième prix: Marie-Antoinette Andres (France)

"Divine peinture"


La violette prune, au creux du vert feuillage,
Se cache des gourmands avides de son jus
Tandis que l'eau, versée par quelque blanc nuage,
Engraisse les raisins promesses de verjus.

Sous les saules pleureurs, au bord des ondes fraiches,
Verte, sous les rameaux, la rainette s'endort
Attendant que Phébus range ses chaudes flèches
Et que vienne le soir avec son astre d'or.

L'été, dans sa splendeur, rend plus profond l'azur.
L'océan, fort jaloux, de bleu foncé se pare,
Le rieur goéland aux ailes d'un blanc pur,
Entre deux infinis prend son vol et s'égare.

Et le sable doré s'étire et se prélasse,
Bercé par la chanson des vagues et du vent.
Un flot d'écume part, un autre le remplace
Mais déjà l'horizon s'obscurcit au levant.

La plage désertée, soudain silencieuse,
Se recueille aux lueurs fugaces du couchant.
La nuée scintillante, orange et vaporeuse,
Embrase d'un seul coup le ciel en le touchant.

C'est l'heure où les couleurs semées dans la nature
Comme autant de rubis, émeraudes, saphirs,
Font briller de leurs feux la divine peinture
Plus que n'a jamais fait le plus bel or d'Ophir.

C'est l'heure solennelle où l'harmonie s'installe,
Instant de grâce où se confondent les couleurs,
Où la belle de nuit nous offre son pétale,
Où montent les parfums, où s'apaisent les cœurs.

Sixième prix: Anaïs Sailler (France)

"L'Arc-en-ciel des Quatre Saisons"


Tes cheveux d'automne ondulent sous le vent,
Caressant ton visage de boucles rousses et dorées.
Les feuilles vermillon, le ciel orangé,
Esquisses d'une nature aux reflets incandescents,
Brûlent dans ta fougue d'insoumise.

Ta peau de nacre frémit aux premières neiges,
Précieux tremblements sucrés éclatant de blancheur.
Sous l'ombre menaçante des nuages cendrés, mon malheur
Disparaît. À la faible lueur d'un cierge,
Tes doigts d'argent parsèment l'avenir des surprises.

Ton délicat parfum de miel agite mes sens,
Poussières d'aurore enveloppant ton corps endormi.
Orchidées, lavande, lilas: les champs ont fleuri
Sous l'éclair vert du printemps de l'insousiance,
Trémolo s'envolant de ton âme incomprise.

Tes yeux azur éclaboussent le sable chaud,
En halo de fines gouttelettes d'opale.
Le soleil de bronze brunit ton teint, doux et pâle,
Musique aux notes salées par les vagues de cristaux,
Houle turquoise assurant sur mon cœur ta délicieuse emprise.

Ses rayons vermeils se décomposent à l'horizon
En l'Arc-en-ciel des Quatre Saisons.

Septième prix: René Aniorté (France)

"L'espoir assassiné"


Sur une chemise blanche, une feur a jailli,
À leur tour, ont éclos, d'autres fleurs rougies.
En ce jardin d'amour, dure image d'automne,
Sur l'asphalte tombaient des femmes et des hommes.

    Si le ciel était bleu sur une ville blanche,
    Rouge était la couleur que la haine déclenche.
    Même le bleu de la mer avait ce matin là,
    L'horrible goût amer de l'espoir que l'on noie
    Sous le cris de terreur se perdant dans l'éther.

        Entre le bleu du ciel et celui de la mer,
        Entre ces blancs immeubles à l'entour de la baie,
        Rouges coquelicots, le sang français coulait
        Sur un asphalte noir comme les cœurs meurtris
        D'un peuple abandonné, déchiré et trahi.

            Bleus, Blancs, Rouges, les drapeaux, au sol, gisaient, honteux,
            Ce lundi 26 mars de l'année soixante-deux,
            Étape sur un chemin d'espoirs assassinés,
            Nous imposant l'exil, après de noires années.

En hommage aux victimes d'Alger, tombées sous les balles françaises, ce triste jour du 26 mars 1962, prélude à l'exode de plus d'un million de Français.

Huitième prix: Irène Sorolla (France)

"La vie en couleur"


Savoir rire
C'est surtout voir la vie en rose,
C'est apprécier les moindres choses.

Détester
C'est le sentiment le plus noir,
C'est se détruire sans le savoir.

Être aimé
C'est le plus doux des rêves bleus,
C'est des étoiles plein les yeux.

S'ennuyer
C'est voir défiler des jours gris,
C'est parfois la mélancolie.

Espérer
C'est beau comme un éclat de vert,
C'est notre force sur la terre.

Enfin, vivre
C'est un peu tout en même temps,
C'est l'arc-en-ciel des sentiments.

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